Dans le cadre de la Semaine Internationale des Archives (SIA 2026), placée sous le thème #ArchivesForJustice, l’Association Sénégalaise des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes (ASBAD) et la Direction des Archives du Sénégal (DAS), avec l’appui du Fonds International pour le Développement des Archives (FIDA/ICA), ont organisé les 11 et 12 juin 2026 à Dakar l’atelier ARCHIPROTECT, dédié à la sécurité physique et à la cybersécurité des archives.
En tant qu’invité à cet atelier, j’ai eu l’honneur de partager un retour d’expérience sur les incidents survenus en février 2020 au Centre de Documentation et des Archives (CDA) de l’OMVS, basé à Saint-Louis du Sénégal. Ce témoignage avait pour ambition de démontrer comment une institution peut non seulement surmonter un sinistre grave, mais en tirer une force renouvelée.
Ce que nous avons vécu — et surmonté
En février 2020, le CDA a subi des dommages physiques significatifs à ses fonds documentaires, causés par des membres de la communauté de pêcheurs de Guêt-Ndar. Face à cette situation, la réponse n’a pas tardé. En l’espace de sept (7) mois, une reprise progressive des activités a été rendue possible grâce à une mobilisation remarquable à deux niveaux :
- La réactivité institutionnelle de l’OMVS et de ses structures, qui ont su activer les mécanismes de solidarité interne sans délai ;
- Une solidarité nationale et internationale exemplaire, associant les autorités politiques sénégalaises, les organisations professionnelles du secteur archivistique, les partenaires académiques (UFR-CRAC de l’UGB), les consultants et étudiants étrangers, ainsi que les partenaires de développement de l’OMVS.
Ce rétablissement, loin d’être anodin, témoigne de la valeur que nos parties prenantes accordent au patrimoine documentaire du bassin du fleuve Sénégal.
Les leçons d’une épreuve
Cet incident douloureux a mis en lumière des vérités que toute institution détentrice d’archives ne peut plus se permettre d’ignorer :
- La réactivité institutionnelle est un capital — elle a fait la différence entre une perte irréversible et une reprise maîtrisée ;
- Une stratégie de sauvegarde — physique et numérique — est indispensable — elle ne peut plus être différée ni reléguée au rang de projet lointain ;
- La solidarité institutionnelle et académique est un filet de sécurité réel — elle se construit avant la crise, pas pendant ;
- L’absence d’un Plan de Sécurité des Biens Culturels (PSBC) ou d’un plan d’urgence archivistique représente une vulnérabilité majeure — que nous devons collectivement combler ;
- La sensibilisation des communautés riveraines à la valeur du patrimoine documentaire est un impératif, non une option.
Un message aux professionnels des archives
L’atelier ARCHIPROTECT 2026 a rappelé avec force que la sécurité des archives n’est pas un luxe réservé aux grandes institutions. C’est une responsabilité partagée, qui engage les États, les organisations professionnelles, les partenaires académiques et les communautés locales. Le CDA de l’OMVS, fort de cette expérience, est aujourd’hui engagé dans un processus de renforcement de ses dispositifs de sauvegarde, en cohérence avec sa mission de préservation de la mémoire documentaire des quatre États membres : la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal.
Babacar DIONG Chef du CDA/OMVS, Saint-Louis, Sénégal